lundi 12 juin 2017

Flux de pensées intérieur (4/37)

Je ne sais pas sur quel thème écrire cet article, alors que les idées me viennent souvent au fil de la journée. Malheureusement, elles s'envolent aussitôt, et je n'ai pas la patience de les noter à chaque fois qu'elles se présentent. Je commence donc à écrire quelques lignes, et l'inspiration viendra probablement au fur et à mesure. Déjà les idées commencent à se former. J'étais partie pour écrire "je suis actuellement en train d'écouter Aymeric Caron", avant de me faire deux remarques en même temps, l'une pour souligner le fait que j'aimerais tellement me motiver à acquérir plus de culture pour vraiment comprendre la société et avoir de quoi réfléchir sans me sentir dépassée, l'autre pour me dire que je remarque bien chez moi ce qu'on appelle la pensée en arborescence, très pratique pour blablater quand on a rien de particulier à dire parce que de nombreux fils se dérouleront malgré tout sitôt la ou les quelques premières phrases écrites. Les fils se déroulent, je panique un peu au milieu de ces idées, oups, lequel choisir ? Et tout à coup, pouf, je m'arrête, j'adopte soudain un rapport extérieur à ce que j'ai écrit, les fils s'interrompent, je me retrouve propulsée hors de mon flux de pensées intérieur. A ce moment là, chaque nouvelle phrase m'interroge : que vais-je écrire, maintenant que la barrière s'est remise en place, que le système (le paragraphe) s'est construit ? Chacune serait ajoutée bien artificiellement, bien maladroitement à cette construction. Si les idées ne sortent pas de ce flux de façon automatique et rapide, alors elles seront mauvaises et extirpées avec difficulté. C'est pour cela qu'il est plus prudent de toutes les sortir d'un coup, car quand je reviens à mon édifice, et que je dois repartir d'une base déjà construite, il m'est plus difficile de m'y remettre. En dissertation, c'est la première phase de mon travail, celle qui me demande le plus de concentration : lancer toutes les idées tant qu'elles viennent, aussi longtemps qu'il le faudra, jusqu'à ce que tout à coup, je pose le stylo : ça y est, je n'ai plus rien à dire. Mais ce fonctionnement s'accommode mal de ma nature de paresseuse. Lors de l'élaboration de mon mémoire, j'aurai bien du mal à m'y pencher d'un coup, pendant plusieurs heures, pour établir la structure en une fois. Mais quand j'y reviendrai, il y aura déjà quelque chose, et si j'essaie de déclencher de nouveau un flux de pensées intérieur, il aura plus de difficulté à sortir, car devant intégrer des éléments extérieurs, quand d'habitude, il ne sort que de ma tête, sans données autres à prendre en compte. 

Voilà, je viens d'essayer de sortir de ma tête quelques mots pour expliquer comment sortent mes idées, mais je me demande s'ils vont faire sens pour quelqu'un d'autre que moi.

Camus (3/37)

Être différent n'est ni une bonne ni une mauvaise chose. Cela signifie simplement que vous êtes suffisamment courageux pour être vous-même.

jeudi 8 juin 2017

Nourriture : culpabilité et pardon (2/37)

Bon eh bien la paresse aura été de courte durée : j'ai de nouveau un travail à faire là où je fais mon stage, et qui va beaucoup m'occuper. J'essaierai d'écrire quelques articles malgré tout, mais ils seront plus courts que ce que j'avais prévu au départ. Aujourd'hui, j'ai manqué de temps pour écrire, alors je vous copie un texte que j'ai écrit il y a quelques semaines, lors d'une de mes journées de craquage alimentaires.

Je prends aujourd’hui la plume pour raconter mon histoire. L’histoire d’une fille comme les autres qui pourtant, en silence, lutte contre ses démons. J’espère un jour pouvoir écrire « qui a lutté, pendant longtemps, contre ses démons ». Ce serait une belle victoire, de transformer le présent en un passé lointain, presque archaïque. Je voudrais pouvoir en être au stade où je proclame fièrement la guérison de mon esprit. Et c’est volontairement que je n’écris pas « ma guérison ». Je ne me considère pas comme malade. Je suis juste moi, Esmeralda, 21 ans, avec ma personnalité et toutes les difficultés que cela peut engendrer d’être simplement moi. J’entends souvent que les troubles alimentaires sont la conséquence d’un trouble profond, d’un manque, d’une souffrance psychologique très éloignée de ce problème qu’on pourrait croire physique. Mais le temps m’a montré que c’est un problème qui s’est progressivement automatisé et détaché de la cause première à laquelle il était rattaché. Je dévore ma colère, j’avale ma tristesse, je savoure ma joie, j’engloutis mon ennui, je mâche mon angoisse, je… je mange, tout simplement. A-t-on vraiment besoin de ressentir une émotion quelconque pour avoir envie de se faire plaisir ? Ces émotions qui se succèdent les unes après les autres, que l’on pourrait vainement tenter d’identifier pour analyser leur rôle dans les manifestations de mon trouble, ne sont-elles pas le reflet de cette émotion étrange et impalpable qu’est la vie ? L’envie de manger est constante, omniprésente, elle a envahi chacune de mes pensées. Lorsque la nourriture cesse, à la fin d’un repas bien trop riche, de réveiller mon irrésistible attirance pour elle, elle se transforme alors en culpabilité et en anticipation. La culpabilité d’avoir craqué, encore, et d’avoir justifié mes dégustations compulsives, comme chaque jour, par un argument rationnel capable de transformer ce qui passe pour une habitude en une simple exception. « Oui mais aujourd’hui, c’est parce que… mais demain, je me reprends en main pour de vrai ». L’anticipation des prochaines crises, ou des prochaines souffrances induites par mes tentatives désespérées mises en œuvre pour résister à ces terribles pulsions. 

La culpabilité cohabite avec la tristesse, la colère, l’impuissance, mais aussi, et heureusement, avec le pardon. Il se fait discret, le pardon, mais il a tracé son chemin et s’est installé dans mon cœur. Je l’y garde précieusement, et je lui rends visite lorsque je parviens à le retrouver. Le pardon me rappelle que je n’ai pas moi-même créé ce trouble consciemment, par une succession de mauvaises décisions. Que je ne suis pas le bourreau, que je subis moi-même ces fortes envies. Que quoiqu’en dise ma culpabilité, quoiqu’en dise le reflet effrayé, abattu et implorant que je croise dans le miroir, je ne suis pas responsable de l’arrivée de cette force qui me dépasse. Je veux croire qu’il y a une solution, je dois continuer à déployer des immenses efforts pour la combattre, mais sa puissance n’est pas de mon fait. Je dois m’en rappeler pour ne pas me laisser ronger par une culpabilité maladive. Même si c’est difficile. Il me reste donc comme solution la plume, quelques mots tracés pour tenter une nouvelle lutte, ou, au moins, transformer l’obsession et la douleur qu’elle entraîne en quelque chose de beau.  

mercredi 7 juin 2017

S'il te plaît, réveille-toi (1/37)

C'est toujours étrange pour moi de revenir ici. A chaque fois que je commence à croire que cette fois, c'est vraiment la fin de mon blog, une force me pousse à y revenir. Tant mieux, aujourd'hui, j'ai de nouveau besoin de lui. Mon cerveau est menacé de "larvification", cet étrange processus qui le conduit progressivement à l'état de larve ou de légume à mesure que la paresse s'installe en lui. A force de ne plus réfléchir à grand-chose, ou toujours aux mêmes sujets, à cause de mon manque de curiosité contre lequel je n'arrive pas toujours à lutter, à cause de ces pensées que je ressasse et qui tournent en rond dans ma tête (pas forcément négatives, mais désespérément lassantes et responsables de mon enfermement intérieur) et m'écartent de tout sujet non directement relié à l'introspection ou au fonctionnement interne en général, j'ai l'impression de progressivement perdre mes capacités de réflexion. 

Cela conduit à des situations très désagréables où j'assiste à une discussion très intéressante, mais je suis incapable de sortir plus que de simples banalités. J'ai mis ça sur le compte de différents problèmes :

- Mon manque de culture. Evidemment, sans culture, la discussion ne pourra pas aller bien loin. Ce manque de culture est lié d'une part à un manque de curiosité sur plein de sujets, d'autre part au fait que j'ai l'impression que ma mémoire dysfonctionne. Je n'ose plus lire beaucoup de choses, parce que c'est souvent comme si je n'avais jamais rien lu (ou presque). Il faudrait que je prenne des notes, mais ça gâche ma lecture. Il faudrait que je fasse l'effort de réfléchir à chaque fois que je lis quelque chose, que je trouve des champs d'application des analyses que l'on m'a proposées, mais je n'ai pas eu le courage non plus. Si on ajoute à ce souci de mémoire le fait que la structure de mes pensées pourrait se résumer à un chaos sans fond (elles vont dans tous les sens, elles viennent quand elles veulent, aucun système de rangement interne), on comprendra d'où vient mon manque de culture. Un dernier élément peut venir perturber le tout : les pensées existentielles du type "à quoi bon ? De toute façon on va tous mourir un jour" (des pensées fort joyeuses, on est d'accord). En vérité, ce n'est pas aussi clair dans ma tête quand je bloque face à la connaissance, mais c'est une pensée vague, diffuse, qui reste néanmoins perturbante. Mais je crois que finalement, mon plus grand blocage, c'est l'oubli, l'impression qu'il faudra indéfiniment relire et réapprendre les mêmes choses, que tout ça ne s'inscrira pas "en moi" pour me nourrir mais restera toujours extérieur. J'aimerais absorber tous ces systèmes philosophiques ou psychologiques, toutes ces pensées, mais je n'arrive ni à les ranger, ni à les retenir d'une manière qui puisse me plaire. 

- L'énorme hétérogénéité de mes capacités de réflexion entre l'écrit et l'oral. Je sais écrire, je sais parler et pourtant, mes réflexions ne peuvent naître que par écrit. C'est comme si les capacités de "contenant" de mon cerveau étaient trop limitées pour contenir suffisamment bien les pensées qui me viennent, et construire une réflexion qui soit plus que des pensées prises au vol. Ca, c'est mon analyse, mais dans les faits, le constat est très simple : à l'écrit, avec un minimum de temps, je peux développer une réflexion intéressante sur divers sujets, même avec peu de culture ; à l'oral, quand je discute avec quelqu'un, j'ai plutôt l'air d'une abrutie. Et ce n'est pas une question de temps de réflexion. Même si on me donnait quelques minutes à chaque fois, je serais incapable de développer quoi que ce soit dans ma tête, sans support écrit. Ou alors il faudrait déjà que j'aie réfléchi au sujet un certain nombre de fois, jusqu'à ce qu'il fasse partie de moi (mais pour ça, il faut beaucoup de temps, et ce n'est pas dit que tout ne disparaisse pas). Toutes les réflexions que j'ai dans ma tête ne veulent désespérément pas se structurer, se construire et revenir au bon moment. J'ai l'impression de n'être capable de réfléchir que par écrit.

- Du mal à réfléchir devant quelqu'un.

- Une motivation et une humeur fluctuantes. Ca m'empêche de déployer une quelconque stratégie pour progresser. Je pourrais me dire "je vais travailler un peu tous les soirs la philosophie morale", et puis ma motivation, très forte au départ, va s'essouffler et être remplacée par une grande lassitude. Vite, il faudra changer de sujet d'intérêt, je voudrais tout savoir, mais mes envies changent constamment, et ma motivation avec.

Cela provoque ce phénomène très désagréable où j'ai l'impression que mon potentiel (qui est ce qu'il est) est complètement inhibé et où ma réflexion pourrait être plus intéressante et profonde que les absurdités et lieux communs que je suis capable de sortir sans que cela ne fasse avancer la discussion.

L'autre jour, j'ai passé un entretien qui s'est très heureusement très bien passé, mais lorsque l'on m'a demandé ce que je lisais, je n'ai même pas pensé à parler de la psychologie, alors que j'aurais eu plein de choses à dire. C'est comme si face à quelqu'un, mon flux de pensées m'était inaccessible, ou accessible de façon très restreinte. Peut-être aussi est-ce dû au stress (relatif stress, on ne peut pas dire que j'étais particulièrement paniquée). Mais c'est précisément un élément problématique à souligner : en dehors de mes amis vraiment proches, j'ai très souvent une forme de stress lié à ma peur de ne pas avoir de choses intéressantes à dire. 

Bref, tous ces éléments sont terriblement frustrants. Je n'arrive plus à savoir si mes capacités intellectuelles me limitent dans le développement de certaines réflexions, ou si j'ai simplement un potentiel endormi, qui pourrait se réveiller si je trouve un moyen de surmonter tous ces éléments de blocage. Les études en prépa étaient, de ce point de vue, une situation plus confortable où l'on me forçait à faire marcher mon cerveau. Aujourd'hui je dois faire des efforts pour ne pas tendre vers la gogolitude.

Je veux donc essayer de me stimuler de nouveau le cerveau, et le moyen le plus paisible que j'ai trouvé pour le faire, c'est d'écrire et de réfléchir ici. A mon stage en ce moment je n'ai pas grand chose à faire, j'ai donc le temps, pendant la journée, d'écrire un article. Je ne sais pas encore de quoi je parlerai, mais j'aimerais essayer de poster un article par jour jusqu'aux vacances, le 13 juillet. 37 jours. Au vu de mes précédents échecs dans ce genre de défi, je ne m'engagerai pas, mais je vais essayer d'y arriver quand même.

A demain donc !

vendredi 20 janvier 2017

De douloureux adieux

Un attachement rapide rend le retour à la réalité tout aussi difficile et brutal, quel que soit le type d'attachement que l'on puisse éprouver. 

Aujourd'hui, je dois faire le deuil du bien-être que j'ai ressenti les quelques fois où j'ai vu la psy pour faire ce qu'on appelle un bilan psychologique (avec entretien et tests de QI, j'y reviendrai). Une écoute sincère et bienveillante, quelques aspects évoqués parmi ceux qui me touchent le plus profondément, quelques questions soulevées, quelques petits conseils éparses, et c'était déjà fini. 

La restitution est faite, il est à présent temps pour moi de poursuivre ma route. Elle me conseille de commencer une thérapie pour réduire le niveau d'anxiété ou, comme je le lui dis, pour mon problème d'obsession de la nourriture (sans que cela ne rentre dans le cadre d'un trouble alimentaire spécifique, depuis que j'ai stoppé net l'hyperphagie). Ce ne sera en tout cas pas avec elle : elle évoque des centres où les étudiants peuvent consulter un psychologue gratuitement, et de toute manière elle a une spécialisation bien spécifique qui ne correspondrait pas à ce que je pourrais chercher moi. Elle me conseille néanmoins un podcast sur l'attachement, puisque je lui ai demandé une référence théorique (j'y reviendrai aussi).

Je ne l'ai vue que quelques fois, cette psy, 5 rendez-vous au total étalés sur plusieurs mois. Cela fait donc un moment que cette aventure m'accompagne, que j'y pense, que ça m'interroge, que ça m'ouvre l'esprit, que ça me travaille.

5 rendez-vous seulement, et pourtant ça a suffi. Ca a suffi à créer une sorte de vide immense quand je suis sortie de son bureau pour la dernière fois, déçue que les tests n'aient pu conduire à aucun diagnostic clair (pour faire simple, si je devais résumer ma situation, ce serait un fonctionnement haut potentiel sans haut QI, autrement dit aucune étiquette ne s'applique réellement à moi) mais surtout triste à l'idée de ne plus jamais y revenir. Les quelques discussions que nous avons eues, lorsqu'elles allaient au-delà de la simple notion de restitution pour évoquer brièvement les problèmes dont je lui avais fait part, m'ont plongée dans des émotions particulières. Peut-être parce que cela leur permettait justement d'être exprimées face à une oreille attentive au regard fin et bienveillant, leur donnant la possibilité de rejaillir à la surface. Ces émotions, pourtant, j'en avais déjà parlé à mes parents et à des amies. Mais là c'était différent. 

Je me sens comme je me sentais il y a quelques années, lorsque je refermais le dernier tome du Livre des étoiles et que je devais quitter ce monde et ces personnages que je chérissais tant, n'ayant plus que mes larmes pour affronter ce qui m'apparaissait comme un drame. A ceci près que les larmes ne sortent aujourd'hui pas toujours et qu'elles laissent place, lorsqu'elles sont retenues, à une profonde angoisse teintée de tristesse, ou une tristesse teintée d'angoisse. Je vais pour écouter le podcast, et tout à coup un sentiment de panique me prend, mon cœur se serre, je peux, je ne peux pas, je veux, je ne veux pas, je ne sais pas, je ne sais plus, c'est un peu tout ça la fois. Comme si le fait d'aller sur cette page et cliquer sur play me rapprochait trop de ces émotions désagréables, ramenant ma conscience à ce constat douloureux : l'adieu. C'est l'Adieu qui s'empare de moi lorsque j'ouvre la page, en même temps qu'une profonde envie d'écouter l'émission que la psy m'a conseillée pour m'éclairer, moi, dans mon cas personnel. J'ai l'impression que mon esprit se débat intérieurement, mais contre quoi ?

Peut-être contre lui-même. 
Je m'attache trop difficilement, parfois. 
Je m'attache trop facilement, là. 
Ces adieux font mal alors que ça n'a été l'affaire que de quelques rendez-vous. 
J'ai l'impression d'être comme lâchée tout à coup dans un grand océan, moi et mes émotions, sans bouée de secours à laquelle me raccrocher lorsque je peine à les maintenir à la surface. 
Pourtant ma vie ne va pas mal, je ne vais pas mal. 

Mais cet adieu, lui, me fait mal, et moi je peine à exprimer toutes les émotions que j'aimerais tellement comprendre et expliciter, pour ne plus être seule parmi elles.
Moi, incapable de les comprendre complètement.
Elles, inaccessibles à ma raison.
Et ce non diagnostic bouleversant qui me laisse livrée à mon errance.